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Tout savoir sur le miel de Manuka – Article du Naturopathe

Par YANNICK BEGUE, naturopathe diplômé et conférencier, spécialisé en phyto-aromathérapie et micronutrition et auteur du blog Naturayan.

On ne tarit jamais d’éloge sur les bienfaits du miel. Le miel est une substance sucrée créé par les abeilles à partir des nectars de fleurs. Les observations rapportent que depuis la préhistoire le miel est consommé par l’Homme. Dans l’Égypte ancienne, le miel servait à l’embaumement des corps. Dans la tradition chrétienne, la plupart des remèdes dès de moyen âge étaient fait de lait, de vin et de miel. Dans la tradition musulmane, le paradis regorge de fleuves où coule le miel.

De tous temps, le miel a une symbolique forte associée à un usage médicinal. Aujourd’hui encore on lui prête de nombreuses vertus et ce dernier est même utilisé en protocole hospitalier pour assainir et réparer des plaies d’ulcérations.

Depuis quelques années, un miel particulier est mis au-devant de la scène, subissant un effet de mode (qui ne va pas sans impacter des écosystèmes) et faisant l’objet de nombreuses spéculations : le miel de manuka. Qu’en est-il vraiment ? Quelles sont ses vertus tant décriées ? Comment utilise-t-on ?

Nous allons vous apporter les clés pour mieux comprendre ce qui entoure le miel de manuka.

Qu’est-ce que le miel de manuka ?

Le miel de manuka est un miel issu des fleurs d’un arbre cousin de l’arbre à thé (tea tree) : le Leptospermum scoparium, également appelé l’arbre Victoria ou, à tort, le tea tree de Nouvelle Zélande. Le manuka et le tea tree sont tous les deux des myrtacées, ils ont quelques propriétés communes mais restent deux espèces différentes (le tea tree est de la famille des melaleucas, comme le niaouli par exemple).

Le manuka est originaire de Nouvelle Zélande mais est aussi bien présent en Australie. Le miel de manuka rentre dans leur pharmacopée.

Quels sont les bienfaits du miel de manuka ?

Le miel de manuka est principalement utilisé pour ses propriétés antiseptiques. En effet, le manuka contient un certain nombre de composants acides aux propriétés antibactériennes. Le miel de manuka associe les bioflavonoides du miel (antifongiques, antiviraux, antibiotiques) aux principes actifs propres du manuka comme le méthylglyoxal (MGO). Ainsi, le miel de manuka possède des propriétés communes à tous les miels : aide à la cicatrisation des tissus (comme la peau ou les muqueuses) et possède des propriétés bactéricides. Il possède, entre autres grâce à sa teneur en MGO, une action antibiotique et antifongique plus large que beaucoup d’autres miels. D’autres part, le miel de manuka contient une enzyme, le Glucose Oxydase, qui synthétise un peroxyde d’hydrogène naturel antibactérien. En laboratoire, il a été identifié 60 sortes de bactéries sur lesquelles, les différentes enzymes et substances de ce miel exercent une activité toxique dont l’E. coli ou le Staphylocoque doré.[1]

Il s’est avéré efficace dans la lutte d’une bactérie résistante, causant des ulcères gastroduodénaux, appelée Helicobacter pilori.[2] Le miel de manuka est également utilisé en cataplasmes, dans les hôpitaux de Nouvelle Zélande ou de Grande Bretagne, dans le soin de plaies plus ou moins profondes et ulcérées.[3]

Le saviez-vous ?

Pendant la seconde guerre mondiale et la guerre de Corée (1950-1953), les soldats australiens possédaient dans leur trousse de soin de l’huile essentielle de manuka ou de tea tree pour la désinfection des plaies.

Comment choisir le miel de manuka ?


Le miel de manuka reste un miel très onéreux. À cela deux principales raisons : une production limitée principalement en Nouvelle Zélande et en Australie avec un rendement faible mais également un effet de mode depuis plus de 5 ans qui accroît considérablement la demande et entraîne une certaine spéculation de la part des producteurs. Ainsi il est possible de trouver malgré tout un miel de manuka peu couteux mais qui ne garantit pas que les abeilles aient butinées majoritairement des fleurs de manuka. Les miels de manuka peu chers sont aussi coupés avec du miel « toutes fleurs ». Les producteurs de miels ont alors décidé de mettre en avant la molécule MGO tant recherchée du manuka. Avec l’accord du ministère de l’agriculture néo-zélandais, ils ont mis au point des indices pour préciser la teneur du miel en MGO. Les miels comportant le plus de MGO sont alors vendus bien plus chers que les autres.

Les différents labels du miel de manuka


On distingue globalement deux labels : le label MGO et le label UMF[4] (ou IAA en France). Ils indiquent une échelle précisant le degré de concentration en méthylglyoxal (MGO) et par conséquence le taux de miel issu des fleurs de manuka. En effet, les abeilles peuvent parcourir des kilomètres à la recherche de pollen. Ainsi, elles ne butinent pas exclusivement les fleurs de manuka, même lorsque les ruches sont entourées d’hectares de manuka. Alors, la concentration en MGO serait aussi — indirectement ­— une indication sur le fait qu’il s’agit d’un miel monofloral. Une information à prendre néanmoins avec des pincettes car le taux en MGO dépend aussi du manuka lui-même (son génotype et son biotope).[5]

Pour aller plus loin…

Un génotype est le patrimoine héréditaire qui dépend de l’ensemble des gènes d’une plante ou d’un être humain. Le biotope représente le milieu de vie d’une plante avec des caractères environnementaux, chimiques et biologiques uniformes.

A titre d’illustration, je vous ai adressé un récapitulatif :


Le label MGO va de 30+ à 550+ en général mais il est possible de trouver des indices dépassant les 600+. Le label IAA, en France s’étend généralement de 5+ à 25+, un indice supérieur ou égal à 16 par exemple est considéré comme une haute concentration en MGO. À chaque concentration, son prix et son usage principal. Un pot de 250g de miel de manuka peut aller de 20 euros pour un IAA de 5+ à près de 80 euros pour un IAA de 16+ ou MGO 573+ (comme je vous le présente en photo).

Autres éléments à connaître pour choisir son miel de manuka
  1. Il est, bien-entendu, préférable d’exiger un miel issu de l’agriculture biologique ou à défaut un miel issu de fleurs de manuka sauvage (qui ne peut bénéficier d’un label biologique). Le miel de manuka sauvage ne comportera probablement pas un label car il n’aura pas été testé pour sa teneur en MGO.
  2. Un miel de manuka possédant un indice faible, ne le rend pas inutile, loin de là ! Il est avant tout un miel et possède de facto de nombreuses propriétés.
  3. Il faut se méfier des prix trop bas et à l’inverse de prix élevés de miels qui ne possèdent pas un label comme décrit plus haut. Certaines marques développent leur propre label mais il est difficile d’en connaître les critères d’attribution.


Comment utiliser le miel de manuka ?

Utilisation interne
Le miel de manuka peut être utilisé pour sucrer une préparation, dans ce cas il paraît inutile de choisir un miel coûteux à indice élevé. Il peut être utilisé contre les maux de gorge (sans fièvre), l’enrouement ou un aphte : ½ à 1 cuillère à café à laisser fondre doucement dans la bouche 3 à 4 fois par jour. Si vous le faites le soir au coucher, pensez bien à le prendre au moins 30 minutes avant le brossage des dents. Dans ce cas précis, un miel d’indice MGO supérieur ou égal à 400 (ou IAA supérieur ou égal à 15) est préférable. Il est possible d’y adjoindre une goutte d’huile essentielle[6] selon la problématique à laquelle vous êtes confronté(e).

Vigilance
Le miel de manuka est avant tout du miel. Le miel est composé de 75 à 80% de sucres (en majorité du fructose) ! Bien qu’il contienne des principes actifs utiles à notre santé, il ne saurait être consommé par des personnes diabétiques sans avis médical et doit être consommé avec la plus grande modération. Le miel de manuka est très efficace et ne nécessite que de très petites quantités pour démontrer ses effets. Il est également vivement déconseillé aux très jeunes enfants en usage interne.


Utilisation externe
Le miel de manuka est très populaire comme produit de beauté. Ses glucides permettent de lutter contre les peaux déshydratées. Ses actifs sont un atout indéniable pour les peaux acnéiques. Il est aussi très utilisé comme produit anti-âge. Il s’agira alors ici d’appliquer le miel en couche fine pendant au moins 20 minutes en évitant le contour des yeux et de le rincer à l’eau claire. Un miel à indice faible ou modéré en méthylglyoxal est alors recommandé. Ses propriétés anti-inflammatoires et apaisantes font de lui un bon outil contre les irritations superficielles (sans plaie) ou les coups de soleil et petites brûlures légères. À poser comme un cataplasme pendant environ 1 heure et rincer abondamment.

Le miel de manuka, une panacée ?

Comme nous l’avons évoqué, le miel de manuka bénéficie d’un certain effet de mode. La demande mondiale a explosé depuis plus de 5 ans exposant ainsi le manuka à la surexploitation. Le gouvernement néo-zélandais a entrepris, avec les producteurs locaux de protéger et d’encadrer sa production pour réduire l’impact écologique d’une production anarchique au mépris de la qualité du produit.

Le miel de manuka vient donc principalement de Nouvelle Zélande (et de plus en plus d’Australie) ce qui n’est pas sans conséquences écologiques quand on considère le volume exporté à travers le monde chaque année. Nous devons ainsi en avoir un usage responsable. Personnellement, j’acquiers la même marque de miel de manuka depuis des années, à une concentration élevée. Cependant, je ne l’utilise que dans une visée de soins et 250g de miel me font plus d’une année.

Les alternatives au miel de manuka

On insiste beaucoup sur le méthylglyoxal du miel de manuka pour ses propriétés antibactériennes. Cependant certaines propriétés sont communes à tous les miels de qualité. Par exemple l’α-amylase est présente dans tous les miels. Il s’agit d’une enzyme utilisée pour lutter contre les maux de gorge peu intenses et sans fièvres car elle limiterait les premières phases d’inflammation locale.[7]

Pour aller beaucoup plus loin…

Le méthylglyoxal est un sous-produit de diverses voies métaboliques qui reste néfaste à l’organisme. Il contribue à la peroxydation des lipides, formant ainsi des espèces réactives de l’oxygène (des radicaux libres). Il est ainsi cytotoxique (délétère pour les cellules) et c’est cette cytotoxicité qui est recherchée pour lutter contre de nombreux pathogènes. Dans le cadre des neuropathies diabétiques par exemple, le MGO en forte concentration engendre une hyperalgésie (accroissement de la douleur).
Sa toxicité est « désactivée » par le foie en conjugaison avec un antioxydant naturel qu’est le glutathion. Les bébés et très jeunes enfants n’ayant pas une bonne capacité à « désactiver » l’effet néfaste du MGO par le glutathion, il est recommandé de ne pas leur en administrer par voie orale. C’est également pour toutes ces raisons évoquées plus haut qu’il ne faut pas abuser du miel de manuka, de petites quantités de façon ponctuelles sont suffisantes (à moins d’utiliser un miel de manuka à très faible teneur en MGO).


Je me suis entretenu avec Catherine Flurin lors d’une conférence au salon Marjolaine il y a quelques années. Elle est à la tête la société Ballot-Flurin, spécialisée dans les produits de la ruche. Elle m’expliquait qu’aujourd’hui, pas ou peu d’études étaient faites sur les miels produits en France. Là où le miel de manuka fait l’objet de milliers d’études, le miel de thym ou de châtaignier n’en font presque pas l’objet.
Néanmoins, il semblerait que le miel de thym par exemple aurait des propriétés identiques au miel de manuka. Le miel de châtaignier ou de thym sont utilisés dans certains protocoles hospitaliers pour lutter contre les ulcérations cutanées comme des plaies issues de nécroses. Madame Flurin avait d’ailleurs créé un « pansement » cutané composé à 100% de miel de thym non pasteurisé et microbiologiquement contrôlé (entendez par-là un soin local assainissant pour les peaux très abîmées, les plaies et escarres) appelé Pansamiel®. Elle me l’avait offert et je l’ai utilisé à plusieurs reprises avec grand succès, il fait partie de ma trousse de secours.

Ainsi, en allant frapper à la porte d’apiculteurs locaux, il est possible de trouver des miels probablement aussi efficaces que le miel de manuka, à un tarif moindre et avec moins d’impact écologique.

Quelques-unes de mes recettes avec le miel de manuka

Prudence
Avant toute utilisation d’une huile essentielle présentement conseillée, appliquez une goutte pure ou diluée dans le pli du bras pour observer votre tolérance dans les 24h. 1 goutte d’huile essentielle ne vaut pas 2 gouttes. Soyez vigilants à utiliser à la goutte près les dosages indiqués. Les conseils prodigués ne sauraient alléguer au traitement d’une maladie. En cas de doutes, veuillez vous référer à un naturopathe dûment qualifié, à un pharmacien ou à votre médecin traitant.

Sources :

[1] Cooper et al, Antibacterial activity of honey against strains of Staphylococcus aureus from infected wounds (1999)

[2] Nzeako et Al-Namaani, The Antibacterial Activity of Honey on Helicobacter Pylori (2006) : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3074916/

[3] https://www.nzherald.co.nz/nz/uk-hospital-uses-manuka-honey-to-fight-superbug/ZJUKAS26IRZXC2M5V5LZGBLO5U/

[4] Unique Manuka Factor – http://www.umf.org.nz/

[5] Jonathan McD Stephens. « The factor responsible for the varying levels of UMF® in Manuka (Leptospermum scoparium) honey ». Doctorate thesis. 2006. – https://researchcommons.waikato.ac.nz/handle/10289/2655

[6] L’utilisation des huiles essentielles est soumise à l’avis préalable d’un naturopathe diplômé spécialiste, d’un médecin ou d’un pharmacien. L’utilisation des huiles essentielles est déconseillée aux femmes enceintes et allaitantes ainsi qu’aux enfants de moins de 7 ans.

[7] Affirmation remise en question depuis de nombreuses années. L’HAS n’a pas conclu sur un bénéfice réel de l’α-amylase contre les maux de gorge et l’Assurance Maladie a déremboursé des médicaments comme Maxilase®.